Petits morceaux de deuil

Grand-maman Ghys.

La frénésie du temps des Fêtes s’est calmée, et on revient lentement à la vie normale. Voilà un peu plus de six semaines que tu nous as quittés (déjà?) et je commence tranquillement à me rendre compte que tu es partie.

J’appréhendais tellement le temps des Fêtes.  J’avais peur que ce soit morose, qu’on ait tous les faces longues, et que Noël perde sa magie.

Ça me fait un peu de peine de l’admettre, grand-maman, mais je n’ai pas ressenti ton absence autant que je ne l’aurais cru.  Peut-être est-ce parce que plus les années passaient, plus tu t’effaçais? Est-ce que c’est parce que maman a si bien su te trouver une place parmi nous quand même (je ne m’étais jamais rendue compte à quel point tu avais une fascination pour les décorations de Noël  qui clignotent; c’était certainement la première fois que je voyais un poinsettia qui changeait de couleur)? Ou si c’est parce que dans le fond, tu étais quand même un peu avec nous?

Au tout début, c’était bizarre.  Comme si on redoutait tous un peu ce moment, comme si on ne savait pas trop comment agir.  Tout était un peu… trop. Trop d’enthousiasme, trop de bonne humeur, trop.  Comme si en beurrant plus épais, le goût de la toast brûlée paraîtrait moins.

Puis, on a fini par trouver notre vitesse de croisière, et on a célébré comme d’habitude.

Quand j’ai ouvert l’album avec tes photos de mariage, au lieu d’être renversée par une vague de tristesse, j’ai été émerveillée par toutes ces photos. Mon seul regret, c’est de ne pas pouvoir te dire de vive voix à quel point tu étais belle.  Et de ne pas être en mesure d’écouter tes conseils d’élégance pour mes propres noces qui arrivent à grands pas.  De te voir comme ça, radieuse avec ton petit sourire en coin, ça m’a fait du bien, comme si tu étais là avec nous.

Et là maman nous a dit qu’en faisant le ménage de l’appartement, elles avaient trouvé ta robe de mariée et ton voile. Grand-maman, quand elles ont sorti la boîte avec les vêtements, j’avais tellement l’impression qu’on était liées, toi et moi.  Je me marie cette année, 55 ans après toi et si j’arrive à le faire réparer, c’est ton voile que je porterai ce jour-là.

Au final, Noël sans toi, c’est pas pareil.  Mais c’est pas si pire non plus. Et si je sais que le chagrin ne m’a pas encore oubliée, je sais aussi que peu importe ce qui arrive…  Je vais survivre.

Je t’aime grand-maman.  Tu sens bon.

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Une réflexion sur “Petits morceaux de deuil

  1. Ah Mé, je te comprends tellement! Noël chez nous a été jovial et heureux, comme d’habitude, et ça m’a surprise, vu notre deuil de mon Grand-Papa. Mais c’est comme tu dis, peut-être qu’il était là avec nous, tout simplement. Et puis c’est si beau et bouleversant, une odeur… j’ai ramené avec moi le manteau d’hiver de Grand-Papa, qui servira à mon amoureux quand il viendra me rejoindre dans le Grand Froid, et quand j’y mets le nez, j’ai les larmes aux yeux à tout coup…

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